Yann Rausis: A la conquête du titre mondial !

 


12/01/2019

FREERIDE

Danse dans la montagne

Citoyen des faces enneigées, le freerider Yann Rausis dessine majestueusement ses arabesques improbables avec ses larges spatules. Entre danse et poésie, cet artiste du mouvement tentera cette saison de décrocher le titre mondial du Freeride World Tour.

Ses skis sont aussi larges que les horizons auxquels il aspire. Dans les faces intimidantes, voire indomptables du circuit du FWT, Yann Rausis s’évade en réalisant ses tableaux éphémères de lignes sinueuses et élégantes: «J’accorde beaucoup d’importance à la fluidité de mon style, qui démontre plus d’aisance que de performance. Cet élément ne joue pas vraiment en ma faveur, car cela donne une impression de facilité.» Celui qui termina 5e du classement mondial l’an dernier n’a toutefois pas beaucoup de détails à régler si ce n’est selon lui «augmenter son explosivité, gagner en agressivité.» Mais l’on ne bouscule pas si aisément sa personnalité: rêveur, Yann médite voluptueusement dans la légèreté de la poudreuse. Perfectionniste, il analyse avec persévérance et acuité le repérage des lignes. «La manière de skier révèle une partie de nous-mêmes. Le ski est un reflet de la personnalité.»

Se rapprocher de l’essentiel

Décrit à l’école par ses enseignants d’ «enfant qui regarde par la fenêtre», l’Orsierain cultivera ses antagonismes jusqu’à l’âge adulte en oscillant avec brio entre évasion à ski et assiduité aux études, puisqu’il vient de terminer un master de physique à l’EPFL. «J’ai toujours dû composer avec ces deux éléments. Mon désir de chercher, de creuser ainsi que mon excellent prof de l’époque Yves Darbellay m’ont poussé sur la voie de la physique. » Délivré des contingences scolaires, Yann partira délesté sur le FWT cette année :  Je peux maintenant vivre à 100% mon rêve de ski.» Dédié corps et âme à sa passion, l’éraflant de quelques anicroches avec le VTT depuis ses premières glisses au Super saint Bernard « son terrain de jeu » quand il était petit. Yann va pouvoir se consacrer actuellement quasi exclusivement au ski: stoppé dans sa préparation par une cheville blessée et la préparation de son master, il peut à présent s’entraîner comme il le veut. «Rien ne remplace l’entraînement sur les skis…» On se réjouit pour lui.

Image

La tête à l’envers, mais les pieds bien sur terre, Yann Rausis s’évade dans les faces les plus difficiles au monde.

Terrains de jeu

S’il n’éprouve que très peu d’appréhension au moment d’aborder les faces impressionnantes qu’il est amené à dompter, Yann n’en a pas moins le droit à l’erreur : «Tu es forcément réfléchi dans un premier temps, mais la spontanéité et les automatismes prennent ensuite le dessus. Il s’agit d’arriver à un certain équilibre.» Parmi les faces qui lui parlent le plus, celle du Bec des Rosses : «J’aime bien celles qui sont joueuses, qui offrent la possibilité d’enchaînements», s’enthousiasme-t-il. «Le Bec Des Rosses est la plus raide et donne moins droit à l’erreur! Il y a beaucoup de cailloux, elle est longue et très intimidante, du coup ça la rend moins ludique…c’est plutôt un exercice de maîtrise de soi.» Aujourd’hui si le freestyle et le freeride ont quelque que peu fusionné selon lui, les descentes sont du moins plus propres et moins ‘’rock’n’ roll’’ qu’ à l’époque: « Nous sommes forcés à plus de contrôle que ce soit dans l’atterrissage et dans les figures.»

 

Ojectif?

«Je n’aime pas faire trop de plans, car ils peuvent être facilement contrecarrés par la réalité de la vie. Je vais toutefois essayer d’être le plus libre possible, de rester créatif, avant de me fixer des buts qui peuvent être des illusions, des portes ouvertes à la déception. Si je vais aborder la compétition comme un jeu, je veux toutefois gagner! du moins une étape. Sans oublier que dans la vie, il y a plein de buts infiniment plus essentiels que d’être champion du monde.»

 

Romy Moret